Actualités

Réglementation canadienne
03
Mai

Herboristerie, science et Santé Canada

Herboristerie traditionnelle, science et Santé Canada

Guilde des herboristes

Par Catherine Lalonde, herboriste traditionnelle et membre du conseil d’administration

En collaboration avec Caroline Gagnon, herboriste clinicienne et Présidente

À l’automne 2016, Santé Canada a mené une consultation publique en ligne sur la réglementation des produits « d’autosoins » qui incluent les produits de santé naturels (PSN), les cosmétiques et les médicaments sans ordonnance. Dans le rapport publié à la suite de cette consultation (https://www.canada.ca/fr/sante-canada/programmes/consultation-reglementation-produits-autosoins/resume.html), on peut lire que les membres des groupes ayant un intérêt particulier pour les PSN sont ceux qui ont répondu en plus grand nombre. En effet, la Guilde des herboristes et d’autres acteurs ont joint leurs forces et mené une importante campagne de mobilisation pour encourager un maximum de gens à participer à la consultation. Selon le rapport, l’influence de cette campagne sur l’ensemble des résultats ne peut pas être écartée et la Guilde des herboristes est satisfaite des résultats.

Ce printemps, Santé Canada a organisé de nouvelles consultations publiques au cours desquelles le ministère a présenté un projet de proposition plus détaillé, revu à la lumière des commentaires reçus lors de la consultation en ligne. La Guilde des herboristes s’est à nouveau impliquée en allant y représenter les herboristes du Québec et entend continuer à rester active dans ce dossier. Elle souhaite faire valoir le bien-fondé de continuer à reconnaître l’usage traditionnel des plantes médicinales et à le préserver dans la réglementation proposée. Elle veut également s’assurer que, à l’intérieur du cadre réglementaire, il demeure possible de donner toute l’information pertinente au consommateur.

Le règlement sur les produits de santé naturels est en vigueur depuis 2004

Au début des années 2000, une réglementation a été mise en place pour encadrer la production et la vente des PSN au Canada. À ce jour, tout fabricant de PSN doit posséder une licence d’exploitation de site, l’obligeant à se conformer aux bonnes pratiques de fabrication et à établir un système d’assurance qualité. De plus, il doit également obtenir une licence de mise en marché pour chaque produit (NPN). Santé Canada autorise actuellement certaines allégations relatives à la santé, reposant soit sur des preuves scientifiques ou sur des usages traditionnels reconnus.

La mise en application de cette politique, il y a 13 ans, a eu des impacts majeurs dans le milieu de l’herboristerie traditionnelle, qui regroupe un grand nombre de petites et microentreprises impliquées dans la production biologique et la transformation de plantes médicinales. Au cours des 20 dernières années, la Guilde des herboristes a travaillé conjointement avec la Direction des produits de santé naturels pour atteindre l’objectif d’assurer la pérennité de la pratique de l’herboristerie. Elle a participé à toutes les consultations publiques depuis 1998 ainsi qu’à plusieurs rencontres bilatérales, afin de préciser le cadre réglementaire qui permettrait de préserver la sécurité du public et l’accessibilité à des produits de qualité, tout en reconnaissant le caractère traditionnel et spécifique de l’herboristerie.

Le rapport de la consultation de l’automne reconnaît que, à l’heure actuelle, « l’ensemble le plus moderne de la réglementation et la structure de réglementation la plus orientée sur le risque sont ceux en place pour les PSN ». C’est d’ailleurs pour cette raison que les bienfaits potentiels du projet de « modernisation » de la réglementation proposé par Santé Canada paraissent moins nécessaires ou pertinents pour la question des PSN.

Distinguer l’usage et la substance

Il est plus qu’essentiel de distinguer « usage » et « substance ». En herboristerie, on utilise des plantes communes, des fines herbes, des épices et même des fruits et légumes que tous peuvent récolter et transformer dans leur cuisine. Avec d’autres ingrédients simples comme l’eau, le vinaigre, l’alcool, l’huile ou le miel, l’herboriste prépare une foule de remèdes permettant de soutenir plusieurs situations de santé courantes : du vinaigre d’ail, une tisane de thym, du miel de sapin, une teinture de basilic, etc. Plusieurs plantes médicinales sont des ingrédients communs et ne devraient pas être réglementées comme des médicaments, même sans ordonnance, sous prétexte qu’elles peuvent être utilisées pour les mêmes raisons. Si l’extrait de thym dans l’alcool est utilisé traditionnellement comme antiseptique, antipyrétique et expectorant dans le traitement des symptômes de la bronchite et du catarrhe des voies respiratoires supérieures (allégation actuellement autorisée par Santé Canada), cela voudrait-il dire qu’il faille le réglementer de la même manière qu’un produit contenant du bromhydrate de dextrométhorphane, un antitussif utilisé dans plusieurs médicaments ? Il est évident que ces deux « substances » de nature extrêmement différente et présentant des risques différents, mais destinées à un même « usage », ne peuvent être classées dans la même catégorie.

Preuve scientifique et risque lié au manque d’efficacité

Dans les changements proposés par Santé Canada, il est question d’exiger des entreprises qui veulent inscrire une allégation relative à la santé sur leurs emballages d’en fournir la preuve scientifique. Nous comprenons la pertinence d’exiger un haut niveau d’innocuité pour tous les produits. Mais nous nous questionnons sur l’intérêt d’exiger un même niveau de preuve pour appuyer des allégations relatives à la santé pour des substances de nature différente.

En lisant le rapport de la consultation publique, on peut avoir l’impression qu’une majorité des répondants s’opposent à ce que les produits de santé soient approuvés à partir de preuves scientifiques, mais cette conclusion manque de nuance. Dans sa proposition, Santé Canada n’avait alors donné aucun détail sur ce qui était entendu par « preuve scientifique ». Parle-t-on d’études pharmacologiques, de reconnaissance de l’usage par des commissions scientifiques ou uniquement d’essais cliniques ?

Sachant qu’il faut investir des sommes considérables pour réaliser des études cliniques, seuls les industriels seront prêts à investir ces sommes pour prouver l’efficacité d’un produit qu’ils pourront breveter et mettre en marché à fort prix. En même temps, on peut prédire que peu le feront pour démontrer l’efficacité d’un produit traditionnel dont les profits potentiels sont moindres. Devrait-on se priver de promouvoir des produits de santé accessibles qui ont fait leurs preuves depuis des centaines voire des milliers d’années, sous prétexte que les preuves scientifiques modernes n’ont pas été accumulées à leur sujet ? De plus, ce que Santé Canada appelle le « risque lié au manque d’efficacité » nous apparaît inadéquat, car même un produit dont une efficacité a été prouvée par des études cliniques ne sera pas efficace dans 100 % des cas. Il est impossible de garantir l’efficacité d’un produit dans toutes les situations, peu importe sa nature. Le risque lié à l’innocuité du produit, ou risque de toxicité, se révèle donc être un critère de plus grande importance pour classifier les substances.

De plus en plus de recherches portant sur les actions des plantes médicinales nous aident à approfondir la connaissance et enrichir le savoir traditionnel qui demeure le fondement de l’herboristerie. Si l’on reconnaît sans équivoque l’apport de la science, afin de pouvoir continuer à informer adéquatement les consommateurs, les éduquer à une consommation sécuritaire et responsable, et éviter un recul vers un obscurantisme où les produits de santé naturels sont vendus sans allégation, il est aujourd’hui essentiel de reconnaître l’usage traditionnel des plantes médicinales et de valoriser cette caractéristique dans les exigences sur les allégations relatives à la santé. Tradition et science ne sont pas des opposés, mais plutôt deux façons de voir les choses qui, lorsque présentées en collaboration, nous offrent un potentiel de connaissances et de pratiques très prometteur.

 

You are donating to : Greennature Foundation

How much would you like to donate?
$10 $20 $30
Would you like to make regular donations? I would like to make donation(s)
How many times would you like this to recur? (including this payment) *
Name *
Last Name *
Email *
Phone
Address
Additional Note
paypalstripe
Loading...